Des mots

La route est déserte,


J'aime cette sensation de… pouvoir, de puissance… je suis seule au monde, je suis … le maître du monde… j'accélère…

je cherche la limite, j'aime cette sensation de marcher sur le fil du rasoir, la maîtrise totale et l'abîme si proche…

J'accélère encore, je suis invulnérable, éternelle… si éternelle que la mort est assise à côté de moi.

Elle ricane de mon orgueil.

Je la laisse rire… qu'est-ce qu'elle en sait, elle, de la vie… qu'est-ce qu'elle en sait, elle, de ce sentiment de puissance, Elle, toute puissante, elle qui ne connaît pas la lutte, elle qui ne connaît pas la peine…

Ricane donc, vieille folle… ce n'est pas encore aujourd'hui que tu m'auras… je suis éternelle…

Et je me perd, une fois de plus…


Aucune main secourable ne s'est tendue, mais sans doute, même si cela avait été, ne l'aurais-je pas saisie, l'aurais-je même vue ?

On est seul… on naît seul… et on en meurt… revoici l'assaut des clichés récurrents, ressassés depuis des siècles et qui un jour, aujourd'hui, prennent sens… pour nous…

On est seul parce que personne ne vit dans notre peau, avec nous… imagine… quelqu'un qui prend conscience en même temps que toi, quelqu'un avec qui tu partages vraiment l'univers, à l'instant « i »… quelqu'un qui apaise ton angoisse, avant qu'elle n'apparaisse…

Voilà ! voilà ! ce que je trouvais bizarre dans la densité de l'air… l'air respire la solitude… pas un bruit de vie, seul un silence lourd et le bruissement des étoiles qui explosent…

Je scrute la nuit… pas d'âme… moi et moi seule dans ma peau…

 

Il faut que...


je me secoue… il est temps que je prenne la route. Les pensées automatiques choisissent ce moment pour m'assaillir… je dois faire les courses… il y a un truc à ne pas oublier, mais bon sang… quel truc… ça m'agace… je ne me souviens pas…

Je me souviens de moins en moins d'ailleurs… peut-être devrais-je m'inquiéter ? En même temps, les disques durs perfectionnés qui nous font office de cervelle ont bien une capacité maximale, non ? et bien sans doute que le mien arrive à saturation. Je pense qu'un petit nettoyage s'impose si je veux espérer ne pas reposer au cimetière des vieux  DD avant longtemps. La question est… que faut-il éliminer ?

Comment faire un tri… important, urgent, urgent et important ? les dilemmes perpétuels de notre vie du XX1ème siècle à peine balbutiant…

Les mauvais souvenirs… mais marquants, de ceux qui m'ont forgé… dois-je les conserver… et les bons souvenirs, insignifiants, qui n'ont laissé pour toute trace que l'ombre d'un sourire… dois-je les garder ?

Si quelqu'un pouvait m'aider à faire le tri…

la ligne froide


Un horizon dentelé se détache sur l'infini. La ciselure d'argent reflétée par une lune immense crée comme un tableau dans lequel j'aurai été happée.

Je scrute l'oeuvre de l'artiste pour y trouver le défaut... j'ai beau observer d'un oeil sans complaisance, je n'en trouve pas. Ce que je vois est d'une finesse sans pareille, et à nouveau ce sentiment de basculer dans une autre réalité m'envahi.

Quelque chose pourtant me met mal à l'aise... je ne saurai dire précisément ce que c'est... une nuit comme tant d'autres... et pourtant...

Toujours ce petit vent glacé,  toujours... le silence... voilà... étrange, un silence si profond que je l'entend, plus encore, je le sens, je peux presque le toucher... il m'enveloppe... il m'accueille...

Il faisait nuit...

de l'une de ces belles nuits... de celles qui semblent taillées dans le cristal. Comme un rituel, je ne peux m'empêcher de porter mes yeux au ciel. Et là, invariablement, je me sens aspirée... inspirée...

La merveille de cet infini m'apporte à chaque fois cette même sensation de plénitude, ce bonheur de me dire que je vis cet instant, que cet univers existe, et moi avec lui... Que la lumière de ces points lumineux est parvenue à moi... que ces êtres incandescents ont existé et que probablement, ils n'existent déjà plus... Leur mémoire a traversé le temps... jusqu'à moi, ici, maintenant... rien que pour moi, peut-être...

J'inspire une longue bouffée de cet air glacial, sidéral... cette légère brûlure me rappelle que je ne suis pas une machine... je l'oublie, souvent...

L'atmosphère change... subtilement, insensiblement... l'heure magique est arrivée... il est impossible de dire comment je le sais, ni pourquoi, pourtant je sens qu'elle est là... et que tout est possible... tout est enfin possible...



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